Les Dioxines

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Les Dioxines

1. Introduction

2. Métrologie

3. Inventaire des émissions

4.Toxicité pour l'homme

5. Évaluation quantitative du risque

6. Références

Tristement célèbres depuis l'accident de Seveso (Italie) en juillet 1976, les dioxines sont aujourd'hui sujettes à de nombreux débats. Principalement produites dans les incinérateurs des usines de retraitement de déchets mais aussi sous toutes les formes d'incinérations (de la cigarette au barbecue), les dioxines sont la cible des détracteurs de l'incinération au profit du recyclage. Cancérogènes soit par accumulation, soit par interaction avec le matériel génétique, les dioxines sont donc à l'origine de nombreuses recherches toxicologiques. Entre chimie environnementale et toxicochimie, les dioxines se retrouvent au cœur de l'actualité.


 

Dibenzo-p-dioxine Dibenzofurane

 


Introduction

Les polychlorodibenzo-para-dioxines (PCDD) et les polychlorodibenzofuranes (PCDF) forment un groupe de composés organiques polycycliques halogénés qu'il est convenu de désigner sous le terme générique de dioxines. Ayant une structure chimique très voisine, ces composés présentent un mécanisme d'action commun qui explique la similarité de leurs effets toxiques.

Une propriété importante de ce type de composés est sans doute leur grande stabilité, en particulier vis à vis des autres produits chimiques. Seuls des oxydants tels que l'ozone, le tétroxyde de ruthénium ou des enzymes d'oxydation peuvent réagir avec les dioxines. La stabilité augmente avec le nombre d'atome(s) de chlore présent dans la molécule. Cette stabilité a pour conséquence la non destruction et l'accumulation de ces produits dans la nature et en particulier dans l'organisme humain. Du fait de leur lipophilie, ils se concentrent essentiellement dans la masse graisseuse, le long de la chaîne alimentaire, qui est la principale voie d'exposition chez l'homme.


Métrologie

Les problèmes posés par l'analyse des PCDD et PCDF sont liés au fait que:

  • Il existe un grand nombre d'isomères et tous les isomères ne possèdent pas la même toxicité. Exemple des PCDD
Nombre d'atomes de chlore 1 2 3 4 5 6 7 8
Symbole M1CDD D2CDD T3CDD T4CDD P5CDD H6CDD H7CDD OCDD
Nombre d'isomères 2 10 14 22 14 10 2 1
  • ces composés sont actifs à des doses extrêmement faibles sur les êtres vivants

Il faut donc séparer tous les isomères toxiques de ceux qui ne sont pas considérés comme toxiques, avec des limites de détection de l'ordre du ppt (partie par trillion, soit nanogramme/kilogramme) au ppq (partie par quatrillion, soit picogramme/kilogramme).

L'analyse de ces traces est difficile et nécessite un appareillage complexe. Les analyses qualitatives et quantitatives sont réalisées en couplant la chromatographie en phase gazeuse sur colonne capillaire à haute résolution (HRGC) à la spectrométrie de masse à haute résolution prenant en compte le rapport 35Cl/37Cl.


Inventaire des émissions

Les émissions dans l'air

  • Incinération de déchets ménagers - C'est le principale source de dioxines dans l'air, contribuant selon les données actuelles pour environ 30% aux émissions totales.
  • Industrie sidérurgique - La production d'agglomérats de minerai de fer (85 à 90%) et les fours à acier électrique sont les principales sources d'émissions de dioxines.

Ces deux dernières sources sont à l'origine d'au moins 50% des émissions.

  • Incinération des déchets hospitaliers
  • Industrie des métaux non ferreux - le traitement secondaire ou l'extraction du cuivre est la principale source dans ce secteur.
  • Incinération des déchets hospitaliers
  • Incinération des déchets industriels et des boues, brûlage des gaz de décharge
  • Industrie des métaux non ferreux - le traitement secondaire ou l'extraction du cuivre est la principale source dans ce secteur.
  • Transport routier, diesel et essence - l'essence plombée produit 20 fois plus de dioxines que l'essence sans plomb
  • Combustion de charbon de bois - barbecue, par exemple
  • Combustion des cigarettes - jusqu'à 2 pg de TCDD par cigarette
  • Combustions accidentelles des biphényl polychlorés des transformateurs
  • Incinération des déchets hospitaliers
  • Incinération des déchets industriels et des boues, brûlage des gaz de décharge

Les émissions dans l'eau

  • Incinération sidérurgique
  • La production de pâte à papier
  • Autres industries - production de chlore, de polychlorure de vinyle (PVC), l'incinération des déchets ménagers (lavage des gaz)

Des sources tristement célèbres

  • Un accident très connu est l'accident industriel survenu à Séveso en Italie le 10 juillet 1976. L'usine produisait du 2,4,5-trichlorophénol et cet accident se traduisit par la libération de 1 à 5 kg de 2,3,7,8-TCDD.

La réaction principale de production du 2,4,5-trichlorophénol se fait selon:

Cependant si la température augmente et atteint 220°C, il se forme un nouveau produit: la 2,3,7,8-TCDD

C'est donc une augmentation anormale de la température qui est à l'origine de l'accident de Seveso.

  • Formation de dioxines lors de synthèses organiques - on trouve à l'état de traces mais jusqu'à environ 50 mg/kg des PCDD et des PCDF lors de la production de certains produits organiques tels que:
    1. phénols chlorés (produits de protection pour le bois)
    2. beaucoup d'herbicides
    3. biphényl polychloré (transformateurs, condensateurs)

Hexachlorophène

Ce produit était présent dans le talc de Morhange et il a causé à l'époque la mort d'une trentaine de nouveaux-nés qui étaient soignés avec ce talc.

L'Agent Orange

L'Agent Orange est un mélange 50:50 des esters n-butyl des herbicides 2,4-D (acide 2,4-dicholorophenoxyactétique) et 2,4,5-T (acide 2,4,5-trichlorophénoxyacétique). Il a été largement utilisé par les Américains pendant la guerre du Vietnam (de 1962 à 1972). Au total, ont été répandus 25 Mkg de 2,4-D et 20 Mkg de 2,4,5-T. Ces produits contenaient comme impureté environ 166 kg de 2,3,7,8-TCDD.


Toxicité pour l'homme

Généralités:

Il est important de se rappeler que, parmi les PCDF et PCDD, seuls ceux contenant de 4 à 8 atomes de chlore, avec les positions 2,3,7,8 occupées sont aujourd'hui considérés comme toxiques. On dénombre 17 isomères de ce type. Ceux qui contiennent de 0 à 3 atomes de chlore ne sont pas considérés comme tels pour le moment. Lorsque les 4 positions 2,3,7,8 sont occupées, le composé le plus dangereux est obtenu (2,3,7,8-tétrachlorodibenzo-para-dioxine ou 2,3,7,8-TCDD). Lorsque le nombre d'atomes de chlore augmente, la toxicité décroît. Exception notable pour le 2,3,4,7,8-pentachlorodibenzofurane qui est plus toxique que son congénère le 2,3,7,8-tétrachlorodibenzofurane.

2,3,7,8-tétrachlorodibenzo-para-dioxine

La toxicité de la 2,3,7,8-TCDD peut être comparée à celle d'autres produits toxiques:

Substances toxiques Dose mortelle µg/kg pour la souris en sous cutanée
Botulisme A 0.00003
Ricine 0.02
2,3,7,8-TCDD 1
Aflatoxine B1 10
Strychnine 500
Cyanure de sodium 10000

Le tableau clinique des affections causées par les dioxines est le suivant :

  • Affections de la peau - apparition d'une chloracné, récalcitrante et laissant des cicatrices
  • Affection des organes internes - observation de désordres hépatiques et métaboliques ainsi que des désordres neurologiques et psychiatriques.
  • Cancer

Risque cancérogène: des appréciations indépendantes sont portées à partir des données épidiomologiques et animales : les preuves concernant la cancérogénicité peuvent être jugées "suffisantes", "limitées", "inadéquates" ou "suggérant l'absence de cancérogénicité". Les groupes de travail de l'O.M.S classent ensuite le produit, en tenant compte des mécanismes d'action.

1) Les PCDD

Les preuves concernant la cancérogénicité de la 2,3,7,8-TCDD chez l'animal sont considérées comme suffisantes. Le niveau de preuves chez l'homme a été jugé limité.

Globalement, la 2,3,7,8-TCDD a été classée cancérogène pour l'homme (Groupe I).

Il n'a pas été possible de classer les autres dioxines, les preuves ayant été jugées inadéquates (Groupe 3).

2) Les PCDF

Il n'est pas possible de classer les PCDF quant à leur cancérogénicité chez l'homme (Groupe 3).

Mécanisme d'action: le mécanisme d'action de ces composés repose en grande partie sur leur interaction avec le récepteur cytosolique Ah (AhR) qui, à l'état de repos, forme un complexe avec une protéine de choc thermique Hsp90. La liaison de la dioxine à AhR entraîne une dissociation de ce complexe. L'association AhR-dioxine migre alors vers le noyau où elle se lie à la protéine Amt (Ah Receptor Nuclear Translocator). Enfin, ce nouveau complexe va se fixer à diverses séquences d'ADN appelées "éléments de réponse aux xénobiotiques" (XRE) pour former un ensemble qui, via un promoteur, modulera l'activité transcriptionnelle de nombreux gènes dont ceux qui affectent la production de cytochromes P450. (Lucier et al., 1993). D'autres paramètres rentrent également en jeu, en particulier l'affinité des dioxines pour AhR, la masse graisseuse, etc.

 


Evaluation quantitative du risque

En l'état actuel des connaissances, cette évalution ne peut être qu'un exercice d'école qui a uniquement pour but de fixer des ordres de grandeur et de comparer les estimations des différents organismes. Considérons le risque de cancer, qui est actuellement le mieux documenté.

Toute estimation quantitative est conditionnée par le choix du modèle de risques.

L'OMS et le Conseil Supérieur d'Hygiène Publique de France (CSHPF) ont tous deux considérés que la dioxine jouait un rôle promoteur de la cancérogenèse, avec un seuil en decà duquel l'exposition est sans danger. L'OMS définit ainsi la dose journalière tolérable pour l'homme à 10 pg TEQ*/kg de poids corporel/jour; cela inclut un facteur de sécurité de 10000 par rapport à la dose minimum à effet observé chez la rat. Le CSHPF rajoute cependant un facteur de sécurité de 10 et fixe la DJT à 1 pg/kg/j, comme en RFA et aux Pays-Bas.

Dans le doute, l'US-EPA (Agence des Etats Unis pour la protection de l'environnement), a choisi le modèle de la fonction dose-réponse linéaire sans seuil à faible dose. Pour ne pas encourir un excès de risque supérieur à 10-6 pour une vie entière (70 ans), l'exposition journalière moyenne ne doit pas dépasser 6 fg/kg/j.

On peut provisoirement retenir 2,3 pg/kg/j (en TEQ) comme valeur médiane de l'apport journalier de dioxine, par la voie alimentaire en France (voie qui totaliserait 90 à 95% des apports totaux). Une telle exposition de la poupulation générale n'entrainerait aucun excès de rique de cancer selon le raisonnement de l'OMS, avec une sérieuse marge de sécurité. Le modèle de l'US-EPA appliqué à 2.3 pg/kg/j produit une estimation d'impact assez importante, de l'ordre de 3200 à 5200 décès annuels par cancer.


*TEQ: équivalent toxique: mesure permettant de rapporter la toxicité d'un isomère à une fraction de la 2,3,7,8-TCDD (ce dernier composé étant affecté du coefficient 1)


Références

Le texte précédent s'est largement inspiré des textes suivants:

[1] A. Mathis, B.U.P. n° 718, p. 1291 (1989)

[2] Newsgroup Sci. chem. FAQ

[3] Annexe technique à la recommandation "Dioxines", Ministère de l'Environnement (1998)


S. Chenevois et X.Bataille, 1er  novembre 1998


    
 


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